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les.actes-en.silence.over-blog.com

sortie de résidences artistiques [laboratoire transdisciplinaire & restitutions pluridisciplinaires

arts and human rights _sous silence

com

working group of the civil society dialogue platform & Laurence Cuny _juriste linguiste, coordonne les recherches sur la liberté artistique pour l'Atelier Chroma.

_en partenariat avec Access to Culture _bruxelles

[ transmission -- distorsion

en un lieu les artistes devant l’œuvre, avec elle, la matière, les mots. en un autre, les institutions qui disent l’art, l'esthétique, la liberté, la morale. les cours et les juges, les diplomates et les experts, les juristes. quelle est la langue parlée ? au cours de cette nuit, deux chemins parallèles seront empruntés allant de la parole des artistes à celle des institutions pour explorer les distorsions. une première confrontation de ces deux paroles et une quête des points de rencontre en résonance de phrases identiques. L.C.

a l'occasion du lancement de notre plateforme interactive de réflexion, nous invitons une programmation élaborée avec the working group of the civil society dialogue platform of europe.

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Intro

pour une nuit de performances à frais vallon, se pose t­-on la question de savoir si les contenus, les expressions des artistes vont heurter? Du nu, des musiques prohibées, de la contestation, des femmes artistes, des remises en en question de l’ordre établi, des agissements des entrepreneurs privés. En accomplissant tout cela les artistes rassemblés expriment leur liberté. Mais quelle liberté ?

Censure, règles du marché, modes, commanditaires, protection, intérêts. Un vocabulaire qui ne fait pas toujours partie de celui de l’artiste.

Je travaille sur la liberté artistique, ici, ailleurs. Les Nations Unies ont publié un rapport pour rappeler aux Etats, mais aussi aux acteurs privé : entreprises, fondations d’art, conseils d’administration, leurs obligations envers les artistes et la liberté de création. Le 3 juin, à Genève, des artistes s’adresseront dans une salle officielle aux Etats pour parler de leur liberté. Paroles croisées.

Je vous propose quelques extraits sur des points abordés dans le rapport. Pour s’interroger, trouver ses limites. Quatre extraits sur le rôle de l’artiste, la censure et l’auto censure, l’espace public et art public/art privé.

Et en résonance avec les Actes en Silence, cette phrase "Les expressions artistiques et les créations sont particulièrement visées car elles peuvent véhiculer des messages précis et exprimer des valeurs symboliques avec force, ou être considérées comme le faisant."

Merci à tous les artistes qui m’ont confié leur parole au cours de la nuit. Je la garde précieusement pour les prochaines étapes. Au plaisir de rencontrer les autres.

L.C.

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textes extraits du Rapport sur la liberté artistique de Farida Shaheed, rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits culturels

Rôle et place de l’artiste

" Par leurs expressions et créations, les artistes remettent souvent en question nos vies, notre perception de nous ­ mêmes et des autres, les visions du monde, les relations de pouvoir, la nature humaine et les tabous, suscitant des réactions tant émotionnelles qu’intellectuelles."

Certes, les artistes divertissent, mais ils contribuent aussi aux débats de société, en tenant parfois des contre ­ discours et en apportant des contrepoids potentiels aux centres de pouvoir existants.

La vitalité de la création artistique est nécessaire au développement de cultures vivantes et au fonctionnement des sociétés démocratiques. Les expressions artistiques et la création font partie intégrante de la vie culturelle; elles impliquent la contestation du sens donné à certaines choses et le réexamen des idées et des notions héritées culturellement. La fonction, essentielle, de la mise en œuvre des normes universelles relatives aux droits de l’homme est d’empêcher que certains points de vue ne l’emportent arbitrairement en raison de leur autorité traditionnelle, de leur pouvoir institutionnel ou économique, ou d’une supériorité démographique au sein de la société. Ce principe est au cœur de toutes les questions soulevées dans le débat sur le droit à la liberté d’expression artistique et de création et sur les limitations possibles de ce droit.

L’expression artistique et la création peuvent entraîner la réappropriation de symboles, qu’ils soient nationaux (drapeaux, hymnes nationaux), religieux (images, symboles, lieux) ou socio économiques (une marque, par exemple), dans le cadre d’une réaction aux discours promus par les États, les institutions religieuses ou les pouvoirs économiques. Les États, les religions, les entreprises et les groupes sociaux utilisent aussi l’art pour diffuser leurs idées et promouvoir leurs intérêts, y compris autour des notions de bien et de mal dans le but d’homogénéiser les croyances et les comportements. Dans la plupart des cas, les restrictions aux libertés artistiques traduisent la volonté de promouvoir une vision du monde ou un discours, «tout en bloquant tous les autres»

"Ainsi, les artistes devraient pouvoir explorer le côté sombre de l’humanité et représenter des crimes ou ce que certains considèrent comme de «l’immoralité» sans être accusés de les promouvoir"

Si les politiques visant à attirer un plus large public vers l’art doivent être encouragées, cela ne devrait pas exclure les œuvres controversées au motif qu’elles peuvent rencontrer un public non préparé. Au contraire, il est impératif d’améliorer l’enseignement des arts, ce qui peut être considéré comme une solution solide et efficace de substitution à la censure.

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Censure et auto_censure

_ Paradoxalement, les restrictions sont souvent imposées au nom du public, qui est ainsi pourtant privé de la possibilité de former son propre jugement. _

De nombreux acteurs peuvent créer des obstacles ou imposer des restrictions à la liberté d’expression artistique et de création. Il s’agit notamment des États, mais aussi d’acteurs non étatiques dans leurs propres sphères d’influence, comme les médias, les sociétés de radiodiffusion, de télécommunication et de production, les établissements d’enseignement, les groupes extrémistes armés et les organisations criminelles, les autorités religieuses, les chefs traditionnels, les entreprises, les sociétés de distribution et les détaillants, les sponsors, ainsi que les groupes de la société civile tels que les associations de parents.

Dans certains cas, les institutions culturelles et les artistes s’abstiennent de présenter des «œuvres controversées» en raison de fortes pressions exercées par des communautés, voire de menaces de violence et de violences proprement dites. Les décideurs et administrateurs artistiques en sont venus à accepter largement l’argument selon lequel il serait moralement inacceptable d’offenser d’autres cultures. Il convient de rappeler que, dans toute identité collective, il y aura toujours des différences et des débats sur les significations, les définitions et les concepts. Comprendre qui parle pour quelle culture ou quelle communauté et s’assurer que la prédominance n’est pas accordée à une seule voix au détriment d ’une autre, le plus souvent par préjugé, constituent des défis particuliers. La crainte que certaines communautés puissent protester ne devrait pas suffire à conclure

que certaines œuvres ne doivent pas être représentées.

Un certain niveau de contestation et de différend est souvent inhérent à l’art contemporain.

Les questions relatives au sexe, à la sexualité et à l’orientation sexuelle au regard de la religion et de la morale sont toujours l’objet d’intenses débats dans le contexte de l’expression et de la création artistiques. Les œuvres concernées vont de celles qui abordent la question de l’amour et de la séduction ou représentent ou exposent la nudité, à celles qui ont un caractère pornographique. Les références à des relations homosexuelles ou descriptions de celles­ci dans la littérature, la musique et les arts visuels sont incriminées dans plusieurs pays, ou sont soumises à une censure particulière dans d’autres. L’éducation artistique, avec un enseignement aux enfants de la manière d’interpréter et de critiquer les messages véhiculés par les médias et l’industrie du spectacle, peut être une solution bien meilleure et plus efficace que la censure.

La protection des intérêts des entreprises peut également jouer un rôle important dans les restrictions imposées aux arts. Les motivations sous ­ jacentes comprennent le désir de faire taire les artistes qui critiquent les activités des entreprises, ou celui de protéger un logo ou une marque. Les sponsors interviennent parfois directement pour qu’une œuvre jugée trop controversée ou ne correspondant pas à leurs propres intérêts soit retirée des concours artistiques, des émissions de télévision ou des magazines.

La censure esthétique de l’art, qui aboutit à ce que les artistes ne soient pas libres de choisir leur style préféré ou de s’inspirer d’autrui, est un domaine souvent négligé. Certains styles particuliers de musique ou d’arts visuels sont réputés être de nature politique ou considérés comme véhiculant une idéologie étrangère. L’affirmation selon laquelle ces styles sont dépourvus de toute qualité artistique a conduit, par exemple, à l’interdiction de l’art abstrait ou conceptuel ou à des restrictions de celui ­ ci.

À qui appartient l’espace_public ?

Dans quelle mesure les personnes qui exercent une activité artistique peuvent ­ elles utiliser les espaces publics pour partager leurs créations?

Souvent, les pièces exposées ou présentées dans des espaces publics abordent des thèmes sociaux et politiques sensibles dans le but de susciter le débat, de favoriser les interactions sociales,d’inviter les résidents locaux à participer à la conception et à l’exécution de l’œuvre et de toucher un public nouveau en élargissant l’assistance». L’utilisation de l’espace public à des fins artistiques est essentielle car elle permet aux personnes, y compris aux personnes marginalisées, d’accéder librement aux arts, y compris dans leurs formes les plus contemporaines, et parfois d’y participer. Dans certains cas, les expressions et les créations artistiques sont utilisées dans les espaces publics comme un moyen pacifique de manifester des opinions minoritaires ou différentes.

Plusieurs questions en découlent:

Qu’est ­ ce que «l’espace public» et à qui appartient ­ il? Qui devrait décider ce qui est permis, où, quand et pour quelle durée? Dans quelle mesure le public devrait ­ il donner son avis, notamment dans le cas des riverains qui peuvent être exposés à des sons et à des images qui les dérangent dans leur environnement quotidien? Pourquoi l’expression artistique devrait ­ elle se voir accorder moins d’espace que, par exemple, la publicité?

Les personnes qui exercent des activités créatrices se heurtent à de multiples difficultés, parmi lesquelles: a) la réticence de l’administration et la longueur des délais pour obtenir l’autorisation d’utiliser gratuitement des espaces publics; b) l’arbitraire dans l’octroi des permis et l’obligation d’obtenir des autorisations multiples de diverses autorités; c) la censure sur le contenu avant que l’autorisation soit accordée; d) des systèmes inadéquats ou abusifs de licence imposés aux artistes de rue et aux spectacles vivants; e) l’empiétement croissant des propriétés privées sur l’espace public.

Art_public et Art_privé

Les institutions d’art privées peuvent permettre l’exposition ou la représentation d’œuvres polémiques, non conventionnelles, controversées et «avant­ gardistes». Toutefois, il est nécessaire d’évaluer les incidences négatives que peut avoir le poids croissant du mécénat d’entreprise sur les libertés artistiques. Les producteurs culturels et les artistes évoquent l’existence d’une censure par le marché, qui s’exerce en particulier lorsque les industries culturelles privilégient les lois du marché, que les finances publiques sont sous pression et que les possibilités de distribution par d’autres réseaux sont minimes.

Sont particulièrement préoccupants: a) le regroupement des sociétés dans toutes les branches de la production culturelle, ce qui se traduit fréquemment par des situations de monopole de fait; b) la constitution de véritables empires par la fusion des avoirs dans les secteurs des médias, des arts et du spectacle, et ses incidences sur les libertés artistiques et l’accès du public aux arts. Un important éditeur numérique privé a par exemple refusé de publier un livre électronique contenant plusieurs photographies de hippies nus.

La tendance actuelle est celle d’un cofinancement par l’État et par des entreprises privées. Si certains artistes et groupements d’artistes demandent une législation qui facilite le mécénat privé (et d’entreprise), d’autres craignent une limitation des formes d’expression contemporaines, expérimentales et provocatrices. Les États devraient veiller à ce que, dans ce contexte, les arts et les artistes ne deviennent pas les simples promoteurs d’intérêts commerciaux.

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